Mardi 6 avril 2010 2 06 /04 /Avr /2010 23:07

de-Gaulle-Alger-1958.jpgAu bureau, à la cantine, devant des clients ou face à la foule, il faut parler. Ne pas le faire serait soit un manque de savoir-vivre, soit une faute. Quitte à parler, autant bien le faire, à propos. Parler à propos, c'est atteindre un but, en faisant correspondre des mots avec une situation. « Il a bien parlé, il a trouvé les mots justes » dit-on d'un orateur talentueux. La parole à propos n'aborde donc pas un monde général et abstrait mais elle crée plutôt un lien entre l'orateur et son auditoire. Elle comprend une situation et met en avant des intérêts communs. Elle rassemble.

En parlant à propos, je montre du même coup que je suis à ma place, bien calé dans un fauteuil imaginaire. Seulement le monde moderne est ainsi fait que notre position est maintenant toujours temporaire (« nul n'est irremplaçable ! »). Cette instabilité permanente se ressent alors dans notre parole publique. L'homme qui parle est un homme qui a peur. ll a peur du mot de trop, peur de paraître décalé, d'en faire trop ou pas assez. Il suffit en plus que son public ait un pouvoir sur lui et le juge pour que son anxiété grandisse. N'est-il pas alors préférable de se taire pour préserver sa place ? Le silence peut être un moyen pour ne pas s'exposer. Cependant, tout le monde le sait, un silence trop prolongé est impossible... pire qu'un mot déplacé. Il faut donc parler, s'engager, c'est une nécessité.

Mais quel est le contenu exact de cette parole qui touche juste ? Elle est en fait bien souvent une succession d'idées reçues. La parole publique n'est pas l'exposé d'une démonstration mathématique hors du commun. Elle est à la fois moins ambitieuse mais plus efficace. Pour atteindre cette efficacité, celui qui parle reprend des schémas de pensée déjà présents chez son auditoire. Le hochement de tête de l'auditeur veut bien dire : « il a raison, c'est bien ce que je pensais. » L'auditeur a déjà en tête l'idée exprimée par l'orateur.

Enfin, dans une situation plus informelle, vaut-il mieux que l'orateur parle de lui-même et de ses sentiments ou est-il préférable qu'il aborde le monde qui l'entoure ? Parler uniquement du monde extérieur comporte une difficulté : l'univers en général m'est beaucoup moins connu que mon intériorité. Ainsi certaines personnes s'obstinent à parler du monde, souvent avec un ton professoral...  elles deviennent alors immanquablement ennuyeuses ou sujettes à la critique. La solution la plus facile et la plus répandue est donc de parler de soi, de ses sentiments et de ses états d'âme. Mais attention de ne pas tomber dans l'introspection morbide ! En réalité le numéro réussi consiste à parler de son intériorité mais en relation constante avec l'extériorité du monde. Cet exercice est un apprentissage qui s'est transformé en habitude chez certains. L'orateur expérimenté combine dans sa parole le monde du dehors avec l'intimité du dedans. Grâce à lui, le monde est éclairé par la singularité d'un point de vue.

Par Napoléon - Publié dans : Impressions - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Commentaires

Hello Napo !

ca fait un bil que je ne suis pas passé par ici : trop occupé à papoter ?!? ;-)

En tous cas, je partage tout votre analyse : oui, parler en public est difficile mais nécessaire. Un petit truc souvent testé : quand on n'a pas grand chose à dire ou qu'on ne sait pas trop comment intervenir dans une conversation, je relance l'interlocuteur en le faisant parler de sa vie (les gens adorent parler de leur vie).

Quand on est crevé et qu'on n'a pas envie de parler mais pas non plus envie de passer pour un asocial, c'est bien pratique !

Qu'en pensez vous ? Avez vous d'autres "trucs" ?
Commentaire n°1 posté par Manu le 08/04/2010 à 20h16

Salut cher Manu !

Merci pour ce commentaire, il n'y en a pas tant que ça ces temps-ci :-)
Je ne suis pas très bon pour faire la conversation (plutôt du genre mutique...), j'ai écrit cet article pour réfléchir à ce fait de tous les jours. Je n'aime pas trop parler de moi mais je pense qu'il ne faut pas hésiter à se mettre en avant parce que ça donne tout de suite plus de vie dans une conversation ou un discours (c'est un grand truc il me semble des hommes politiques.) Un peu d'idées générales, un peu d'expérience personnelle !

Réponse de Napoléon le 10/04/2010 à 00h42
Marrant ! Je ne dirais pas que les hommes politiques parlent beaucoup d'eux. Ils aiment que les médias parlent d'eux mais quand ils prennent la parole, c'est plutot pour preter au peuple des opinions qu'ils reprennent à leur compte pour mieux faire passer leur message.
Commentaire n°2 posté par Manu le 10/04/2010 à 07h11

Oui c'est vrai. Je pense en réalité que ce fait de parler de plus en plus de soi-même est une tendance récente chez les politiques (Sarko et Ségo l'ont fait plus que les autres avant et pendant leur campagne). Par exemple lorsqu'il parle de leur mairie de province ("je vois dans ma petite mairie de machin, on a fait ci et ça...") ou lorsqu'il parle de leur personne ("j'ai montré que je ne suis pas quelqu'un qui se décourage facilement...") etc.

Pour les opinions du peuple reformulées par les politiques, je suis d'accord... le tout avec l'aide de sondages toujours bien calibrés !

Réponse de Napoléon le 10/04/2010 à 07h32
 
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