Partager l'article ! L'Europe politique est-elle morte ?: Après la chute du bloc communiste, les démocraties occidentales ont cru que la création d'un nouvel Etat ...
Après la chute du bloc communiste, les démocraties occidentales ont cru que la création d'un nouvel Etat était maintenant une opération relativement simple. Il suffisait de quelques
actions de base — comme le doter d'institutions politiques démocratiques, y représenter la société dans sa diversité ou organiser une économie de marché.
Seulement tout le monde le sait, un nouveau pays ne tient pas uniquement en suivant ces principes d'organisation. Il faut aussi qu'il soit porteur d'un projet collectif, même vague, un peu
mythique ; un projet née d'une lutte avec un pays extérieur ou d'une rupture avec sa propre histoire. Aucune puissance extérieure ne doit lui imposer cette dynamique. Certains trouveront cette
vérité un peu grandiloquente et nationaliste, mais c'est pourtant une vérité historique des plus certaines...
Que penser par exemple de la construction européenne ? Quel est son projet ? Parlera-t-on un jour de l'unité et de la réussite de l'Union européenne comme l'on parle aujourd'hui de celles des
Etats-Unis d'Amérique ? Il est frappant de voir comment cette belle idée est devenue en soixante ans un certain embrouillamini. Vingt sept Etats, vingt trois langues, vingt sept organisations
politiques, juridiques, sociales ; toujours aucune armée commune, aucune diplomatie, aucune police commune, un exécutif toujours flou (est-ce le conseil européen ? la commission européenne ? le
conseil de l'Union européenne ? on ne sait jamais...) L'Europe semble vouée à un engluement lent mais certain.
Un projet aurait pu être une opposition frontale au modèle américain. « Les Etats-Unis sont les Etats-Unis, nous sommes différents et on va vous montrer de quelle manière ! » Les nouvelles
valeurs européennes seraient alors un multiculturalisme total, le refus d'un libéralisme trop strict, le meilleur d'une histoire multimillénaire, des services publics de qualité. Malheureusement
on constate que toute la partie orientale de l'Europe est fortement attachée aux Etats-Unis, sans parler pas du Royaume Uni, authentique agent double. Au début de l'invasion de l'Irak en 2003, on
a vu cette triste désunion, qui aurait été encore plus grave si la Turquie avait été dans l'Union (à quand l'Ukraine ou le Maroc ?).
Mais ce pénible processus de construction européenne n'est-il pas normal ? Les mêmes Etats-Unis d'Amérique ne sont pas faits en un jour ! Et le libéralisme politique nous l'enseigne, c'est aussi
dans un certain désordre que les grandes choses se font et que les énergies se déploient. On aimerait donc croire que le meilleur est devant nous !
Parler de la GB comme d'un "agent double" me parait encore rapide. Les hommes politiques anglais sont certes toujours assez sceptiques (et les tabloids n'y sont pas pour rien). Mais il serait intéressant d'analyser plus en détail les actions des commissaires européens anglais. Cela nous montrerait comment, au contraire, une fois à Bruxelles, ils se détachent de leur opinion et sont encore plus européistes que les européens !
Matinal votre commentaire
Effectivement le projet européen est né de la guerre mais je trouve que cet évènement est un peu loin maintenant pour continuer une véritable dynamique (mais sûrement ai-je tort de penser ça). Pour le modèle américain, en fait je m'interrogeais plus sur un antiaméricanisme de valeur comme moteur possible de l'Union européenne. Mais, c'est vrai, je souhaite à très long terme une Europe fédérale comme les Etats-Unis.
Pour la GB, je ne suis pas complètement d'accord avec vous. Tout le monde semble dire que qu'elle freine de nombreux projets communs (en premier lieu la monnaie !) Mais c'est vrai les hommes politiques et fonctionnaires europhiles sont méconnus, et je pense que l'on aurait dû nommer Tony Blair à la présidence de l'Europe pour donner un peu de visibilité à ce poste !