Mardi 23 février 2010 2 23 /02 /Fév /2010 22:03

rubon50.pngAprès la chute du bloc communiste, les démocraties occidentales ont cru que la création d'un nouvel Etat était maintenant une opération relativement simple. Il suffisait de quelques actions de base — comme le doter d'institutions politiques démocratiques, y représenter la société dans sa diversité ou organiser une économie de marché.

Seulement tout le monde le sait, un nouveau pays ne tient pas uniquement en suivant ces principes d'organisation. Il faut aussi qu'il soit porteur d'un projet collectif, même vague, un peu mythique ; un projet née d'une lutte avec un pays extérieur ou d'une rupture avec sa propre histoire. Aucune puissance extérieure ne doit lui imposer cette dynamique. Certains trouveront cette vérité un peu grandiloquente et nationaliste, mais c'est pourtant une vérité historique des plus certaines...

Que penser par exemple de la construction européenne ? Quel est son projet ? Parlera-t-on un jour de l'unité et de la réussite de l'Union européenne comme l'on parle aujourd'hui de celles des Etats-Unis d'Amérique ? Il est frappant de voir comment cette belle idée est devenue en soixante ans un certain embrouillamini. Vingt sept Etats, vingt trois langues, vingt sept organisations politiques, juridiques, sociales ; toujours aucune armée commune, aucune diplomatie, aucune police commune, un exécutif toujours flou (est-ce le conseil européen ? la commission européenne ? le conseil de l'Union européenne ? on ne sait jamais...) L'Europe semble vouée à un engluement lent mais certain.

Un projet aurait pu être une opposition frontale au modèle américain. « Les Etats-Unis sont les Etats-Unis, nous sommes différents et on va vous montrer de quelle manière ! » Les nouvelles valeurs européennes seraient alors un multiculturalisme total, le refus d'un libéralisme trop strict, le meilleur d'une histoire multimillénaire, des services publics de qualité. Malheureusement on constate que toute la partie orientale de l'Europe est fortement attachée aux Etats-Unis, sans parler pas du Royaume Uni, authentique agent double. Au début de l'invasion de l'Irak en 2003, on a vu cette triste désunion, qui aurait été encore plus grave si la Turquie avait été dans l'Union (à quand l'Ukraine ou le Maroc ?).

Mais ce pénible processus de construction européenne n'est-il pas normal ? Les mêmes Etats-Unis d'Amérique ne sont pas faits en un jour ! Et le libéralisme politique nous l'enseigne, c'est aussi dans un certain désordre que les grandes choses se font et que les énergies se déploient. On aimerait donc croire que le meilleur est devant nous !

Par Napoléon - Publié dans : Autres - Communauté : VOTRE ACTUALITE A LA UNE !
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Commentaires

Pour un fois, votre analyse me semble un peu hative (même je partage votre enthousiasme et votre espérance). NON, l'Europe n'a pas pour modèle les USA : les notions de multiculturalisme et de fédéralisme ne sont pas européennes. L'Europe s'invente en avancant. C'est la premiere fois dans l'Histoire que des nations qui se sont fait la guerre pendant des siecles construisent un projet commun, un système de droit commun, une monnaie commune... La construction européenne sert même de modèles pour les pays d'Asie, d'Amérique du Sud, d'Afrique qui construisent des ensembles sur le modèle de l'UE.

Parler de la GB comme d'un "agent double" me parait encore rapide. Les hommes politiques anglais sont certes toujours assez sceptiques (et les tabloids n'y sont pas pour rien). Mais il serait intéressant d'analyser plus en détail les actions des commissaires européens anglais. Cela nous montrerait comment, au contraire, une fois à Bruxelles, ils se détachent de leur opinion et sont encore plus européistes que les européens !
Commentaire n°1 posté par Manu le 24/02/2010 à 07h20

Matinal votre commentaire

Effectivement le projet européen est né de la guerre mais je trouve que cet évènement est un peu loin maintenant pour continuer une véritable dynamique (mais sûrement ai-je tort de penser ça). Pour le modèle américain, en fait je m'interrogeais plus sur un antiaméricanisme de valeur comme moteur possible de l'Union européenne. Mais, c'est vrai, je souhaite à très long terme une Europe fédérale comme les Etats-Unis.

Pour la GB, je ne suis pas complètement d'accord avec vous. Tout le monde semble dire que qu'elle freine de nombreux projets communs (en premier lieu la monnaie !) Mais c'est vrai les hommes politiques et fonctionnaires europhiles sont méconnus, et je pense que l'on aurait dû nommer Tony Blair à la présidence de l'Europe pour donner un peu de visibilité à ce poste !

Réponse de Napoléon le 24/02/2010 à 08h12
 
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