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Dans le domaine économique, un produit techniquement réussi ne suffit pas pour être automatiquement un succès commercial. Un marketing efficace est en plus nécessaire. Le marketing
positionne et modifie en permanence le produit afin qu'il s'adapte à son marché et à ses consommateurs. Toute entreprise a ainsi un service de marketing (étude de marché, publicité, etc.) qui
occupe souvent une place centrale au sein de son organisation. Cette vérité économique peut-elle être transposée dans le domaine social ? Ce qui est vrai en économie l'est-il aussi en société ?
A l'image du produit bien « marketé », l'agent social doit s'adapter continuellement au monde social
qui l'environne. Bien loin d'être un individu sans attache sociale dont l'existence ne serait qu'une succession d'actes libres, l'agent social doit au contraire se contraindre continuellement
afin de s'ajuster à son univers. Les agent sociaux sont en réalité de deux types : certains restent de simples techniciens sans âme de leur domaine d'activité et sont toujours en décalage avec
leur environnement. A l'opposé, des agents plus accomplis appliquent à leur technicité un marketing personnel plus poussé qui leur permet de se vendre et de mieux « coller » à leur poste.
Cette distinction est la même que celle, dans le domaine économique, entre le produit ne bénéficiant pas de marketing — dont la diffusion est alors forcément confidentielle — et le produit qui
n'est pas le meilleur techniquement mais qui est le résultat de méthodes marketing. Cet agent social réussi, fruit d'un accord parfait avec son environnement, fait donc exactement « comme il faut
» à son poste, s'ajuste parfaitement à son état de travailleur, de père de famille ou d'ami pour devenir un bon travailleur, un père de famille accompli ou un ami réussi.
Cette exigence à s'adapter en permanence au monde social rappelle un peu la doctrine stoïcienne
[1]. Celle-ci invite en effet à adopter un « juste milieu » face aux réalités du monde. L'exemple suivant illustre ce concept : entre l'intrépidité et la
lâcheté, la prudence réalise un équilibre parfait, un juste milieu entre ces deux extrêmes. Le monde — que les stoïciens appellent le « cosmos » — et ses nécessités me dépassent, il
ne faut donc pas chercher à le transformer ou à le dominer, mais plutôt s'ajuster à sa nécessité selon un équilibre permanent, selon un juste milieu. La vie sociale du XXIe siècle n'est-elle pas
alors comme les stoïciens la souhaitaient ? Car l'existence sociale contemporaine est bien un ajustement permanent aux nécessités sociales à la recherche d'une réussite reconnue et durable.
[1] Doctrine philosophique née en Grèce au IIIe siècle avant J.C.